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L’ensemble Venance Fortunat 

Anna-Maria Garriga,
Laura Gordiani,
Elisabeth Lagneau,
Françoise Levy 
Dominique Thibaudat

 
Depuis sa fondation en 1975, l’Ensemble Venance Fortunat s’est consacré à redonner vie à la musique du Moyen Age occidental en attachant une importance capitale au rapport entre les lieux, leur histoire, leur acoustique et la musique que l’on y donne, s’est très vite imposée la nécessité d’une “chorégraphie” basée sur l’iconographie.

Venance Fortunat, sous la direction d’Anne-Marie Deschamps continue à explorer ces trésors immenses que nous proposent près de dix siècles de notre histoire (plus encore de Machaut à Messian!). Il ne cherche pas à proposer une reconstitution historique mais, tout en gardant une grande rigueur par rapport aux données musicologiques, archéologiques, et historiques, à exprimer ce que cette musique peut encore nous apporter aujourd’hui, en quoi elle nous est toujours contemporaine.

“Notre vocation première est de faire entendre le chant sacré du Moyen-Âge avec le maximum d’exactitude et de vie, ce qui rend cette musique toujours actuelle. Car elle est la source de notre culture.

C’est aussi ce qui explique qu’en plus de notre vocation artistique nous effectuons un travail de recherche dans divers domaines : historique, musicologique, archéologique et même linguistique."

Anne-Marie Deschamps

 
Anne-Marie Deschamps

A la tête de l’Ensemble Venance Fortunat qu’elle a fondé en 1975 pour redonner vie au chant sacré du Moyen Âge, Anne -Marie Deschamps, chanteuse et musicologue, a réalisé une quinzaine d’enregistrements discographiques et de nombreuses tournées sur tous les continents.

Pour ses productions, elle effectue un important travail de recherche et de transcription des manuscrits conservés un peu partout en Europe (Paris, Tours, Orléans, Flornece, Wolfenbüttel, Londres...) auquel elle associe des chercheurs d’autre disciplines comme la linguistique, l’histoire, l’archéologie ou l’architecture.

Soucieuse de former le public elle anime de nombreux stages tout au long de l’année. Certains stages débouchent sur des spectacles associant professionnels et amateurs (en 1995 : Le Jeu de Daniel ; en 1991 : les Miracles de Saint Nicolas avec 200 choristes dans la Cathédrale de Chartres). Elle a fondé en 1988 l’Atelier de Chant choral d’Eure et Loir et en 1991 la classe de musique ancienne du conservatoire Cambrai. En 1994 elle a dirigé un stage pour les jeunesses Musicales de Croatie qui a débouché sur plusieurs représentations d’un jeu liturgique de la Nativité conservé à la Bibliothèque de Zagreb. Elle partage aussi sa passion du chant et du Moyen Âge à travers les articles ou conférences qui lui sont demandés et en acceptant d’être conseillère artistique pour des groupes semi-professionnels qui la sollicitent. En 1995 elle était invitée par le symposium européen de chant choral à Ljubljana. En 1996 elle fût membre du jury du Florilège vocal de Tours. Fidèle à la double exigence du Moyen Âge de respect de la tradition et de témoignage du présent - quand elles font écho aux thèmes anciens - et compose des musiques de scène, de films ou de concert.
 

Programme

Ecrits par des femmes pour leurs sœurs moniales, ces chants proposent aux auditeurs leur sujet de prédilection : l'amour divin. Suivant en cela le modèle parfait : Marie improvisant le Magnificat.

"S'anéantir dans l'Amour est ce que je sais de plus haut" (Hadewijch d'Anvers c.1240).

Parmi ces femmes, le personnage d'Eloïse, la femme la plus savante de son temps devenue moniale par amour humain, nous propose aussi une formidable ouverture à la tolérance.

Certains auteurs comme Saint Augustin ont tellement goûté de plaisir-émotion à l'écoute de ces chants qu'ils se dont inquiétés de leur finalité spirituelle. Ce même Saint Augustin affirme par ailleurs que l'amour est l'essence du chant qui l'a initié à la louange divine.

Toutes les traditions du bassin méditerranéen (hébraïque, grecque, latine) montrent une pratique développée de ce chant-plaisir qui est un chemin vers l'extase. Les chrétiens des premiers siècles attendaient du chant sacré la guérison de la froideur de l'âme et de bien d'autres maux.

Au cours des siècles, les constitutions liturgiques chrétiennes ont essayé de freiner, contenir et restreindre ces échappées vers l'ineffable qui pouvaient faire oublier le sens premier des textes.

Mais peut-on contraindre l'acte créateur manifestation de la vie !

Peut-on restreindre le souffle transformateur de l'inspiration, image du souffle de l'Esprit !

"Ce ne sont pas les morts qui peuvent te louer, Seigneur, mais les vivants" (Ps. 114).

Pourtant la jubilation s'exprime par des mélismes débordant les textes, des vocalises, des "répercussions". Saint Jérôme, au IVè disait déjà que lorsque la louange dépasse la parole raisonnable, elle entre dans une sorte de psalmodie angélique.

Les abbayes de femmes ont cultivé le chant-plaisir qui réchauffe l'ardeur des tièdes de façon très intense, développant la création poétique et la polyphonie naissante ; polyphonies parfois improvisées parce que les moniales semblent avoir cultivé ce style du chant à deux, trois, puis quatre parties différentes, très souvent en miroir.

Toutes les pièces présentées sont de composition féminine ou composées pour des femmes.

Ce qu’a dit la presse…

Le Monde : Combien de musiciens specialistes de la musique ancienne sont passés par l’Ensemble que dirige Anne-Marie Deschamps !

Avec persévérance, elle continue son défrichage du répertoire,souvent à peine noté…Le chant plaisir,menait à l’extase,combattant ainsi la douleur des âmes et des corps.L’église,par la suite,a évidemment freiné de telles expériences,d’où l’intérêt de ce concert,qui nous permettra d’entendre une tradition musicale occidentale et chrétienne totalement oubliée.

La lettre du musicien : …les Dames de Venance Fortunat excellent,jouant ingénieusement de la mise en espace,voire de l’effet processionnelle,à la fois prêtresse et sibylles…Notre quintet ne craint personne et fait valoir sa différence,face à des formations dont l’art,peut-être plus sophistiqué,ne peut masquer parfois le regrétable conformisme spirituel.Roger Tellart

AVE MARIA + MOTET

Offertoire pour le quatrième dimanche de l'Avent interprété d'après les neumes de Laon, suivi d'un motet de l'école N.D. de Paris à la louange de la Vierge.
(Monodie du IXè Editions Solesmes, neumes du XIè - Polyphonie XIIIè Tr. AMD).
a)  Histoire biblique de la fille de Jephté

PLANCTUS DE P. ABELARD

Lamentations des Vierges d'Israël sur le sacrifice de la fille de Jephté, XIIè (Tr. AMD). Les commentateurs voient une allusion au sacrifice d'Eloïse.
(Ms.Vatican Regia 288 ff.63v64r Tr. AMD)
b) "Tu possédais deux talents… Celui de faire des vers et celui de chanter."
Lettre d'Eloïse à Abelard (Trad. Paul Zumthor, Bibliothèque Médiévale Ed. 10/18).

MITTIT AD VIRGINEM ATTRIBUE A P. ABELARD

Prose pour l'Annonciation XIIè mise en polyphonie à l'Ecole N.D. de Paris sur Ms.Wolfenbüttel (XIIIè - Tr. AMD).

MITTIT AD VIRGINEM ATTRIBUE A P. ABELARD

Prose pour l'Annonciation XIIè mise en polyphonie à l'Ecole N.D. de Paris sur Ms.Wolfenbüttel (XIIIè - Tr. AMD).

O IGNIS SPIRITUS PARACLITI

O feu de l'esprit consolateur, 
Vie de la vie de toute créature,
Tu es Saint toi qui anime les formes.
Tu es Saint , toi qui oins les blessures graves.
Tu es Saint toi qui purifies les plaies purulentes.
O souffle de la sainteté, O feu de l'amour,

O douce saveur dans nos poitrines,
Toi qui es infus dans les cœurs,
Dans la bonne odeur des vertus…
Louange à toi, son de toute louange,
Joie de la vie,
Espérance et honneur du plus grand courage
Qui nous accordes les présents de la lumière.

Composition de Hildegarde de Bingen pour les fêtes de la Pentecôte - XIIè Ed. Otto Müller / Salzburg (Trad. Laurence Moulinier / Ed. la Différence).

VENI SANCTE / VENI PATER

Motet à l'Esprit Saint. Les deux textes, bien connus, et les deux mélodies sont superposés ici, d'une façon tout à fait inhabituelle. On le trouve à Colmar, Florence, Engelberg et Berlin du XIVè au XVIè.
(Tr. AMD d'après Londres British Museum Ms Add27630 ff 54v-55 - XVè).

IN DIEBUS ILLIS

Répons de l'office du Jeudi Saint extrait du Codex dit "Guta-Sintram". Destiné aux chanoinesses régulières de Saint Augustin de Schwarzenthann (Haut-Rhin) et aux chanoines de Marbach, ce codex a été écrit par la moniale Guta et illustré par le moine de Sintram. Ce répons illustre le moment où Marie-Magdeleine, après avoir répandu le parfum sur les pieds de Jésus les essuies de ses cheveux.
(XIIè / Ms. De la Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg / Tr. Marie Popin).

LAUDE SANCTE CRUCIS

A Saint François d'Assise qui consacra Claire d'Assise (1194-1253) abbesse à Saint Damien, reviendrait le "lancement" des premières laude (chants paraliturgiques en latin ou en langue vernaculaire sur des sujets sacrés).
Cette lauda, comme un catéchisme vivant, présente les moments importants de la vie du Christ au regard de la Croix, de Noël à la Résurrection.
(Codice Maglia Bechiano de Florence  / XIVè / Tr. Damilano).
c) "Plus l'homme s'abandonne".
Texte de Gertrude d'Hefta (XIIIè) (Trad. Sœur Emmanuelle)

AD CANTUM LETICIE

Benedicamus tropé (texte et musique ajoutés en introduction).
Venu sans doute d'Angleterre, les Franciscains d'Utrecht (XIIIè) puis les Dominicains de Danaueshingen (XIVè) le rendent célèbre. Il voyagera en Italie, en Suisse Aoste, jusqu'en Finlande (XVIè) (Tr. AMD).

O GLORIOSA DEI GENITRIX

Conduit à la Vierge, à deux voix, du monastère des cisterciennes de Las Huelgas près de Burgos / Espagne. (C. 1325 Ed. Angles)

CATHOLICORUM CONCIO

Ces tropes de benedicamus apparaît déjà au XIIè à Saint Martial de Limoges. Il est recueilli dans le monastère des Cisterciennes de Las Huelgas au XIIIè.
Transcrit ici d'après Oxford Bodl Libr. Lat. lit. d5f.123v XIVè par AMD, en provenance de l'abbaye de Hauterive (C.H.) puis adopté par les Franciscaines (près d'Utrecht). On le trouve plus tard en Aoste, à Cividale del Friuli, à Cologne et jusqu'en Finlande (fin XVIè)
d) "Dans ta lumière"
Texte de Catherine de Sienne (1347-1380). Extrait des Oraisons (Trad. Lucienne Portier - Ed. La Table Ronde).

AVE MARIS STELLA

Conduit à trois voix du manuscrit des Cisterciennes de Las Huelgas / Espagne (Ms. de Las Huelgas XIVè - Tr. Angles).
Avant et après que le texte soir énoncé, les vocalises se multiplient.

BENEDICAMUS DOMINO

Trope de benedicamus en organum à deux voix du manuscrit de Las Huelgas (Ed. Angles). Rare exemple de travail musical en écho sur le partie soliste (chantée ici par deux solistes).
Tr. = Transciption musicale - Trad. = Traduction du Latin ou de l'Italien (Catherine de Sienne) - AMD = A.M. Deschamps