retour à la home page





 

Programme

Basler Madrigalisten,
Bâle

Direction: Fritz Näf

La prophétie sybilline et motets funéraires

Chanteurs

Contreténors

Jacques BEAUD (1, 3, 5, 7, 9, 11)
Javier HAGEN (1, 3, 5, 7, 9, 11)
Alexander SEIDEL (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11)
Daniel ZELLWEGER (1, 3, 4, 5, 7, 9, 10, 11)

Ténors

Simon ART (1, 3, 5, 7, 9, 11)
Christophe GINDRAUX (1, 3, 5, 7, 9, 11)
Jean KNUTTI (1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11)
William LOMBARDI (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11)
Gerhard NENNEMANN (1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11)

Basses

Ulrich ACOLAS (1, 3, 5, 7, 9, 11)
Marc BERNARDINIS (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 11)
Vincent GIRARDIN (1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11)

Prophetiae Sibyllarum 

 

I. Sibylla Persica 

II. Sibylla Libyca 

«Mors tu as navré»
Déploration sur la mort du compositeur Gilles Binchois
III. Sibylla Delphica


IV. Sibylla Cimmeria


«Nimphes des bois»
Déploration sur la mort du compositeur Johannes Ockeghem
V. Sibylla Samia


VI. Sibylla Cumana


«Musae lovis»
Déploration sur la mort du compositeur Josquin Desprez

VII. Sibylla Hellespontiaca


VIII.Sibylla Phrygia

«Sassi, palae, sabbion – E vu, fiume, chie dèu tributo»
Déploration sur la mort du compositeur Adrian Willaert


IX. Sibylla Europaea

X. Sibylla Tiburtina

 «Defunctum charites Vaetem» 
Déploration sur la mort du compositeur Jakobus Vaet 

XI. Sibylla Erythraea

XII. Sibylla Agrippa



Les pieds ancrés dans le passé, la tête tournée vers l'avenir

Une caractéristique générale se profile chez tous les compositeurs chantés lors de ce concert des Basler Madrigalisten. En effet, que ce soit Lassus, Ockeghem, Desprez, Gabrieli et, dans une moindre mesure, Regnard et Gombert, ces compositeurs sont à la fois héritiers et continuateurs d'un riche passé musical puisé dans le Moyen Age et novateurs parfois audacieux, désireux de faire avancer le discours musical vers une nouvelle esthétique. Symbolique des chiffres, technique du canon, du miroir, du cantus firmus, primauté de la mélodie et des intervalles d'octave et de quinte font la caractéristique de la musique de Josquin, par exemple. Toutefois, on trouve déjà tous ces éléments bien avant lui. De Guillaume Dufay (ca 1400-1474), il garde la technique du faux-bourdon, le principe de la messe cyclique (dont le thème structurel est tiré d'une composition connue par l'auditeur, une chanson profane pouvant servir d'ossature à la messe) ou encore l'art de la variation. On trouve également chez Josquin, l'influence très latente de son maître Ockeghem. A ce point tel que la déploration sur le mort de Ockeghem, ultime hommage de Josquin à son maître, peut être rapprochée d'une œuvre de ce dernier, malgré la différence de génération. On le trouve jusque dans une quasi-citation. En effet, la phrase initiale de l'œuvre rappelle le début de la chanson au titre évocateur « J'en ay deuil », d'Ockeghem. Josquin reprend en fait une tradition déjà évoquée par Ockeghem lui-même dans sa déploration sur la mort de Binchois « Mort tu as navré de ton dart ». De même, à la mort de Josquin, ses contemporains ne furent pas en reste à son égard. Ainsi, l'on compte entre autres les hommages de Hyeronymus Vinders (O mors inevitabilis), Benedictus Appenzeller (Musae Jovis ter maximi) et Nicolas Gombert, chanté ce soir (Musae Jovis). Mais, comme nous l'avons dit, ces compositeurs ne sont pas que tournés vers l'hommage au passé. En effet, la caractéristique de ces pièces réside dans l'emploi novateur du figuralisme, lequel se cristallise particulièrement dans les « Prophéties » d'Orlando di Lasso (ou Roland de Lassus). Le figuralisme est une façon de peindre en musique, un rapport d'imitation du texte par la musique. Ce figuralisme peut être emphatique par la répétition d'un mot, par un mélisme, un changement de mesure, de registre vocal, par une variation de densité polyphonique. Il peut être symbolique (des notes noires pour une déploration, une mesure ternaire pour évoquer le Dieu trinitaire), mais il est surtout métaphorique en peignant par exemple le sommeil en valeurs longues, l'absence par le silence d'une ou plusieurs voix, la souffrance par la dissonance et le chromatisme dont les œuvres chantées ce soir feront large usage. Cette façon d'écrire s'épanouit évidemment dans la forme madrigalesque, laquelle permet de par son texte et surtout de par son éloignement d'une église souvent castratrice, de laisser déployer l'imaginaire sans limite des compositeurs de cette époque.

Thierry Dagon

Fritz Näf

Fritz Näf , né en 1943, fondateur et directeur des Madrigalistes de Bâle et du Chœur de Chambre Suisse étudia le chant aux conservatoires de Zurich et de Fribourg-en-Brisgau et continua ses études entre autres auprès de Jenny Tourel (New York) et de Ernst Häfliger (Munich).Il donna des concerts en tant que ténor dans la plupart des pays européens et suivit une formation de chef de chœur et d'orchestre.

Entre 1976 et 1986, il enseigna le chant et l'ensemble vocal à la Schola Cantorum Basiliensis où il fonda les Madrigalistes de Bâle en 1978. Entre 1986 et 2000, il occupa d'abord le poste de directeur de l'école de musique et du conservatoire de Winterthour (Ecole supérieure de musique) avant de devenir recteur de la Ecole supérieure de musique et de théâtre de Zurich, fondée récemment. En 1997, il fonda le Chœur de Chambre Suisse en collaboration avec l'orchestre de la Tonhalle Zurich.

Depuis le mois de décembre 2000, il travaille à plein temps comme directeur artistique du Chœur de Chambre Suisse et des Madrigalistes de Bâle, ainsi que comme chef invité de différents chœurs et orchestres (entre autres la Radio della Svizzera Italiana de Lugano, le Chœur de Radio France, l'Orchestre du Musikkollegium Winterthur, des orchestres baroques comme le Concerto Köln et L'arpa festante de Munich, l'orchestre de la Tonhalle de Zurich, l'Orchestre de Chambre de Kiev et l'Orchestre philharmonique de Tscherniwzi).

Basler Madrigalisten

Les Madrigalistes de Bâle – un ensemble vocal de 4 à 24 chanteuses et chanteurs (solistes et en chœur) -ont été fondés en 1978 à la Schola Cantorum Basiliensis par Fritz Näf.

Ils disposent d'un grand répertoire allant de la Renaissance jusqu'à nos jours et préfèrent des œuvres de musique ancienne et contemporaine (œuvres de commande, créations), sans oublier d'entretenir le répertoire classique de toutes les époques, et notamment des œuvres du XV e au XVIII e siècle injustement oubliées.

Les Madrigalistes de Bâle ont participé aux festivals de musique les plus importants du monde, tandis que leurs tournées de concerts les ont amenés pratiquement dans tous les pays d'Europe, en Russie, aux Etats-Unis, au Liban et en Extrême-Orient. L'honneur de l'invitation au 4 e Symposium de la musique chorale et au Festival Mondial de la Musique Chorale à Sydney en 1996, en tant que premier et unique ensemble vocal suisse, a sans doute été un sommet dans l'histoire des Madrigalistes de Bâle (prestations au Sydney Opera House et autres concerts) de même qu'une tournée de concerts à Brisbane (Australie), à Hong-Kong et en Corée du Sud. Des représentations scéniques (« comédies de madrigaux »), ainsi que des enregistrements pour la radio, la télévision et discographiques ne sont que quelques-unes des activités très diversifiées de l'ensemble.

Les Madrigalistes de Bâle ont obtenu plusieurs prix : En 1982 le prix de la critique allemande du disque pour la série de disques « Dokumenta » de la Schola Cantorum Basiliensis, en 1998 le prix d'encouragement pour la musique de l'Economie Européenne et en 1991 et 2002 le prix d'encouragement de la fondation Ernst von Siemens pour l'interprétation de la musique contemporaine