Histoire de l'Abbaye
L'abbaye
de Bonmont est fondée vers 1120 par deux seigneurs de Divonne, Walcher
de Divonne et son frère, Étienne de Gingins; ils donnent des terres et
font appel aux moines bénédictins de l'abbaye de Balerne, située à
Mont-sur-Monnet, en Franche-Comté.
Les
débuts de l'expansion cistercienne en Europe et son puissant attrait
spirituel, le charisme de Bernard de Clairvaux et sa visite à la Grande
Chartreuse en 1125 ne sont sans doute pas étrangers à la demande de
rattachement de Bonmont à Clairvaux faite par Moïse, son 1er abbé, en
1131; le monastère devient la huitième fille de l'abbaye auboise,
filiation confirmée par une bulle d'Innocent II du 18 février 1132 et
rompt avec Balerne, qui choisira la même filiation 5 ans plus tard.
En 1135,
dans une lettre adressée à Arducius de Faucigny, le nouvel évêque de
Genève, Bernard de Clairvaux recommande les religieux de Bonmont et
ceux de l'abbaye d'Hautecombe, affiliée à Clairvaux le 14 juin 1135.
En 1131,
débutent les travaux de construction de l'église abbatiale et une
partie des bâtiments conventuels est terminée en 1142.
Grâce aux
donations ultérieures de plusieurs seigneurs régionaux, l'abbaye
agrandit son domaine foncier et devient prospère. Les biens du
monastère sont confirmés par une bulle du pape Alexandre III en date du
12 mai 1164.
L'église
abbatiale est consacrée en 1214 et, dans la seconde moitié du XIIIe
siècle les importantes possessions du monastère s'étendent au-delà du
lac Léman. À cette même période, l'abbaye est le lieu de sépulture de
nombreuses familles nobles.
En 1438,
durant le conciliabule de Bâle, ouvert le 23 juillet 1431, l'abbé de
Bonmont et Nicolas Loiseleur sont chargés de négocier à Londres auprès
du roi Henri VI, afin que ce dernier ne soutienne plus le pape Eugène
IV et qu'il se rallie à la cause des pères conciliaires bâlois, qui
élisent, le 30 octobre 1439, Félix V, le dernier antipape de l'histoire
de l'Église catholique.
Peu de
temps après, l'abbaye passe sous le régime de la commende. En 1536, le
monastère est occupé par les Bernois. Ils sécularisent le domaine et
détruisent le narthex, le chœur et, afin de l'aménager en logement, le
croisillon nord du transept. L'église est également utilisée comme
dépôt et fromagerie. Son dernier abbé, Aimon de Gingins, est un
descendant de la famille fondatrice.
En 1738,
un château est construit par les gouverneurs sur les fondations de
l'ancienne hôtellerie. En 1798, l'abbaye devient bien national, est
privatisée en 1802 puis est classée monument historique en 1942. Après
dix-sept années de tractations, elle est cédée gratuitement au canton
de Vaud par le propriétaire, en 1982.
Le
gouvernement vaudois entame alors la restauration de l'abbaye et en
confie sa gestion à la Fondation de l'Abbaye de Bonmont. L'inauguration
de l'église a lieu le 23 juin 1995.
L'Église abbatiale
L'église est construite après la filiation à Clairvaux et elle est probablement achevée avant 1157.
Son plan
est proche de celui de l'abbaye contemporaire de Fontenay,
l'église-type de l'architecture cistercienne, mais ses dimensions sont
plus modestes; sa longueur est de 52 m, sa largeur est de 14,70 m et le
transept mesure 22,60 m.
La façade
Elle
est divisée en trois parties par des contreforts et elle était précédée
d'un narthex, dont les fouilles entreprises en 1895 ont mis au jour les
fondations. La partie centrale est occupée par un portail en saillie,
un ajout du troisième quart du XIIe siècle, à trois voussures en
tiers-point reposant sur des colonnes en marbre, aux chapiteaux ornés
d'arabesques et de feuillages et au tympan non sculpté. Il comporte, de
part et d'autre, un pilastre cannelé, à deux registres et il surmonté
d'un oculus, lui même surmonté d'une petite ouverture en plein cintre.
Une moulure court sur toute la largeur de la façade, entre cet oculus
et le portail.
La nef
La
nef, composée de six travées, élève à 14,40 m sa voûte en berceau
brisé, dépourvue de doubleaux; ses grandes arcades à double rouleau
reposent sur de sobres piliers cruciformes, surmontés d'une moulure
faisant office de chapiteaux.
Les
travées des collatéraux sont couvertes d'une voûte en berceau brisé,
perpendiculaire à l'axe de l'église et percées d'une petite fenêtre en
plein cintre. Ses arcades reposent sur des pilastres ornés d'une
moulure identique à celle des piliers de la nef.
Le transept et le chevet [modifier]
Le
transept, long de 22,60 et large de 7 m, est peu saillant et chacun des
deux croisillons accueille deux chapelles, d'une largeur identique à
celle des collatéraux, terminées par un mur droit.
À sa
croisée, une tour sur plan carré, s'élevant à 26 m a été construite.
Elle est soutenue par de puissants contreforts disposés dans trois de
ses angles. Trois de ses faces sont percées de trois hautes et étroites
ouvertures en plein cintre, alors que la face occidentale n'en comporte
que deux.
Les
fouilles entreprises en 1895 ont permis de reconstituer le plan du
chœur, détruit; de petites dimensions, à chevet plat, il comportait
deux travées, la deuxième plus étroite que la première.
Aujourd'hui, le sanctuaire est éclairé par un oculus et par un triplet.
La salle capitulaire
La
campagne de fouilles entreprise en 1952 a permis la mise au jour d'une
partie de la salle capitulaire et la découverte de trois dalles
funéraires; une bulle de plomb de Martin V a été trouvée parmi les cinq
squelettes d'abbés qui reposaient sous ces dernières.
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